Tous les crimes sont dans la nature d’Alain Magerotte

L’avis de Bob
Parlons d’abord de l’objet, un livre de 150 pages ( 18 euros ) contenant 15 nouvelles policières, avec une couverture que je trouve très réussie et un titre accrocheur. On a envie de le prendre en main et ça, c’est quand même un très bon point. Plus quelques beaux dessins noir et blanc à l’intérieur, ce qui agrémente toujours une lecture.
En revanche, j’ai noté une typographie un chouia trop petite à mon goût, des titres de chapitre en gras, mais soulignés, ce qui est bizarre et ( ce que je regrette régulièrement dans ces commentaires ), un verso sans biographie ni photo de l’auteur, pas d’adresse mail ni de site, alors qu’Alain Magerotte possède un blog qui vaut la peine d’être visité.
En résumé, une réalisation très correcte qui tient la comparaison avec tout ce qui sort actuellement chez les grands éditeurs.
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Mais le plus important, c’est le contenu bien sûr et là je me trouve une nouvelle fois devant un style très différent de tout ce que j’ai lu à ce jour chez Chloe des Lys. Ce livre me fait penser aux histoires extraordinaires que Pierre Bellemare racontait sur Europe N°1, avec ce ton clair et précis qui le caractérisait. Sauf que le texte du grand Pierre était souvent aseptisé, alors qu’ici on vous offre en sus le sel, le poivre et toute une panoplie d’épices.
En une page, Alain Magerotte, réussit la plupart du temps à décrire son ou ses personnages, l’endroit et l’époque où ça se passe, puis enclenche le mécanisme qu’il déroule sous nos yeux, sans commentaires superflus. Simple, direct, efficace, plein d’humour et de dialogues savoureux , mais sans jamais se mouiller. Du travail d’horloger.
Je m’explique. Ce n’est pas l’auteur qui trucide son voisin ou viole une prostituée, mais le gars du bouquin. On n’est pas en plein romantisme avec des gestes larges et des soupirs à fendre l’âme. L’ univers d’Alain Magerotte est peut-être peuplé de personnages sérieusement fêlés qui tuent à tort et à travers à la suite d’enchaînements de circonstances variés, souvent sans se faire attraper, mais c’est comme ça… c’est la vie. On va pas jouer aux pleureuses. Passons à la nouvelle suivante !
Ca va vite, ça se termine parfois en queue de poisson, mais toujours dans l’amoralité la plus complète. Après tout , on ne s’en fait pas non plus lorsqu’une fourmi rouge tue une fourmi noire et vice et versa. Cynique. Sans doute, mais au second degré, avec un petit sourire en coin.
Bon, d’accord, tout ça est très bien, mais… est-ce intéressant ou au moins amusant ?
Très et ce, pour deux raisons :
Un, les thèmes sont extrêmement variés. Citons en vrac, l’assassinat du président Kennedy vu et corrigé par un amant abandonné, un psychopathe qui se réjouit à l’avance d’un meurtre bien sanglant qu’il va commettre, un autre psycho à pattes qui discute avec une araignée entre deux viols et assassinats de blondasses (uniquement des blondes), un détective spécialisé dans la recherche des chats égarés et ainsi de suite… tout est noir et plein d’hémoglobine, mais varié dans les moyens. Comme le précise le titre : ‘ tous les crimes sont dans la nature’.
Deux, c’est bourré d’humour, un mélange de british décalé, de caricatures à la Faizant et de jeux de mots à la Raoul de Godewarsvelde pour ceux qui connaissent. Autrement dit, tiré par les cheveux. On aime ou on aime pas. C’est spécial. Moi j’adore : ‘le sombre héros’, ‘l’âge déraison’, ‘Otarie souvent de lui’, ‘nippones ni mauvaises’ et ainsi de suite… ça me fait rigoler. Mais si vous, ça vous laisse de glace, on ne s’en formalisera pas pour autant.
Plus des descriptifs tordants du genre : ‘le type, chemisette blanche à la tonton Marcel, bretelles Mickey pour retenir un futal gris, jauni le long de la braguette, les joues rosées d’Anjou et truffe torchée au beaujolpif, me reçoit dans un gourbis où l’air frais a fui la concentration des mauvaises odeurs. Je surprends le gaillard en flagrant délit de voyeurisme télévisuel. En clair, pas besoin de décodeur, Maroille se dégourdissait le manche en se tapant un porno.’ Avouez qu’on voit la scène comme si on y était. On dirait de l’Audiard.
A lire sans modération, dans le tram, dans le train, au petit endroit ou au bureau, caché discretos sous une pile de dossiers soit-disant très importants ! Sans chercher de la Littérature ( avec un grand L ) là où elle n’a pas la prétention de se trouver. Encore que…
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